mardi, 29 mai 2007

Journal infime

A mes nombreux lecteurs suisses, je signale que deux notes de ce blog (v1.1) seront lues lors de l'émission Journal Infime, sur la Radio Suisse Romande, le jeudi 31 mai entre 14h et 15h.

A tous les autres, séchez vos larmes : vous pouvez, grâce aux bienfaits de la technologie, ouïr cette lecture dans ladite émission ici.

Sont chouettes, ces Helvètes.

post scriptum : un grand merci à Brigitte Patient

samedi, 10 mars 2007

La Campagne de France

C'est la ferme où ils sont nés, où ils ont grandi, guidés par l'amour rustre de leurs parents paysans.

Devant le vieux puits désaffecté, il me dit que l'eau était pure et fraîche.

Un vent glacé nous fouette le visage et le soleil fait nos yeux se plisser.

La rivière aussi était limpide. Quand, certains soirs, la question se posait de savoir ce qu'ils allaient manger, ils pouvaient franchir les quelques mètres qui les séparaient du cours d'eau et, une heure après, être de retour à la maison avec de la friture pour quatre. Et puis l'été, une colonie de vacances s'installait un peu plus haut : les enfants venaient passer l'après-midi au bord de l'eau, avec leurs moniteurs. Et surtout, leurs monitrices...

Je suis fait de cette terre.

Je peux entendre les rires enfantins et les cris de joie et les chants ; je peux sentir l'air sain, véhicule des senteurs mêlées de nature et de nourriture. Je vois mon père et son frère, le visage plein d'avenir et les yeux rieurs.

Ces regards que je scrute aujourd'hui sont sans doute les mêmes, un peu plus riches, un peu plus fatigués aussi, et ils me disent à leur manière que, quoi qu'il advienne et où que nous mène la vie, malgré l'ironie et le cynisme, en dépit de la bêtise et de l'insignifiance, il y a de belles choses.


lundi, 26 février 2007

Influenza

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De plus en plus de grosses cylindrées sur les routes, forêts d'arbres secs et nus, église massive que je me promets d'aller voir bientôt de plus près, raclette roborative, âtre chaleureux où brûle en crépitant un bois lourd et noueux, De Villiers est un fasciste ! (sic), Le Cid, armées de frissons & courbatures, Finkielkraut d'un calme olympien face à l'hystérie d'un Jean-François Kahn décidément de plus en plus délirant, bienveillance familiale, Beat de Bowery Electric pour ralentir mon métabolisme.
 
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samedi, 17 février 2007

Andante

Quatuor à cordes de Sibelius, Voces intimæ. L'Allegreto (ma pesante) me transperce. Mon fils, J., boit son verre de Benco avec une paille après que l’on a dansé, de manière fort ridicule, sur un morceau de punk-rock ressorti de derrière les fagots.

Cet après-midi, puzzles Beatrix Potter avec ma fille, M., tout en feuilletant une sorte de digest sur l’histoire d’Israël et de la Palestine (ce faisant, je projette pour ce soir de visionner – enfin ! – La Dolce Vita). Puis concert de cors de chasse au château, tous les deux, sous une pluie fine : deux « confréries » (je ne sais pas le terme) de chasseurs à courre se répondent pendant que leurs chiens se disputent un énorme bout de bidoche, surexcités par le sang, le grouillement de la meute. Certaines bêtes, la gueule barbouillée de pourpre, se font rappeler à l’ordre quand elles font mine de se monter.

Nous sommes les gueux, sur le parapet, à qui le spectacle est offert.

 

Echange vif, sur un blog, dont le propriétaire poste une note concernant Alain Finkielkraut, dont je prends la défense : nous en venons à évoquer l’affaire Renaud Camus et la liberté d’expression, sur quoi l’hôte supprime une dizaine de nos commentaires.

Au nom de la liberté d’expression, bien sûr.

Voilà les limites du blog, ce sont celles du montage à la Ardisson : on coupe là où ça dépasse, et l’hôte – comme le présentateur-vedette – est omnipotent. Bah, je suis bien naïf, au moment où je reviens vers ce support, d’avoir espéré autre chose.

Heureusement, quelques autres blogs relèvent remarquablement le niveau.

 

mercredi, 14 février 2007

Dilution

Depuis un ou deux ans, je ne peux terminer un livre sans en commencer un autre. Récemment, se sont ouverts en cascade : Grande Jonction, de Maurice G. Dantec, La Fosse de Babel, de Raymond Abellio, Immédiatement, de Dominique de Roux, Le Kabbaliste, de Patrick Levy, et Rencontre au Sommet, un entretien entre Anthony Burgess et Isaac Bashevis Singer. Je ne compte pas les ouvrages interrompus et classés "en attente" dans un coin réservé de ma bibliothèque.

Savoir pertinemment que cette dispersion dans mes lectures n'est pas très bon signe n'y change rien. Il y eut une époque où cette manière de compulsion s'exerçait pour la musique : il me fallait régulièrement une dose de disques nouveaux, à acheter, à emprunter, à dupliquer.

Velléitaire ? Boulimique ? Eternel insatisfait ? Zappeur chronique ? Serait-ce tout bêtement une manière d'échapper à la "contrainte supérieure" que constituerait la rencontre avec un unique livre ? Il n'est peut-être pas absurde de rapprocher cette marotte du comportement du monomane séducteur : lui multiplie de manière synchronique les conquêtes afin de ne pas s'engager dans une voie qui, de fait, exclue toutes les autres.

Si tel est le cas, je me prive bel et bien de quelque chose d'essentiel.

NOTA BENE

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Le lecteur un tant soit peu attentif aura tôt fait de remarquer la rupture tranquille intervenue dans la trame narrative de ce weblog.  Les premières notes, en effet, du 24 août au 9 novembre, se voulaient l'ouverture d'une auto-fiction dont l'écriture s'improvisait au jour le jour. Finalement, elles auront plutôt été l'enregistrement, le tracé, le fossile, enfin, de l'échec de cette écriture. En mettant fin prématurément à l'histoire, je ne pensais pas y revenir un jour. D'ailleurs, je n'y reviens pas : ce qui vient après la Ritournelle se présente comme porté par une voix nue, inquiète, à la fois paranoïaque et décomplexée, où la fiction n'a plus sa place.

Un vrai journal, en somme.

mardi, 13 février 2007

Seconde vie / Real Life

(Re) Commencer par Tortoise.

Parce que ces gars-là ont réalisé, musicalement, une incroyable synthèse, rien moins que séminale.

Parce qu'il y a une décade qu'ils ont ouvert dans mes choix musicaux de riches perspectives.

Chicago rules !

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Samedi matin.

Eplucher des pommes de terre, ça je sais faire. Parcourir la section Raphael de ce web-musée. Avoir en tête la voix et les mots d’Alain Finkielkraut dans le Répliques de ce matin – Comment enseigner la langue française ?. Ecouter Arvo Pärt, la Berliner Messe – 7.Sanctus, via Last.fm – clé d’entrée : Steve Reich.

Evidemment qu’il y a un seuil de tolérance, un seuil de bienveillance au-delà duquel l’exercice de l’humanisme nous coûte de plus en plus. Sarkozy et Royal, dans leur campagne, viennent de se faire, tour à tour, les chantres du métissage. Autrement dit, ils affichent leur adhésion au dogme de l’antiracisme (ce communisme du XXIè siècle), en même temps qu’ils participent à ériger en valeurs absolues l’argent et la notoriété médiatique. Comment pourraient-ils ignorer jouer à un petit jeu très dangereux ?

Crever d'amour pour mes enfants. Alleluia !

 

jeudi, 09 novembre 2006

Bye bye

mercredi, 20 septembre 2006

Ignition

Il sembla s’apercevoir de ma fugitive panique : quand mon regard réussit à s’accrocher à nouveau à cette silhouette déjà familière, je décelai dans la physionomie générale de son visage la bienveillance de qui s’attendrit en guettant sa progéniture. Ses yeux étaient d’un noir profond, bien enfoncés dans leurs orbites. Une mise impeccable témoignait de cet archaïque souci de paraître par respect pour les autres.

Il me prit par le bras et m’entraîna d’un pas vif – je fus d’ailleurs surpris par cette vitalité – à l’écart des grappes des touristes de septembre. Longeant le port en admirant la citadelle, il se débarrassait des politesses d’usage (traversée, fatigue, paysages) tout en s’allumant un cigarillo. Il me proposa de boire un verre avant de prendre sa voiture pour nous rendre chez lui, à Sauzon.

La conversation fut, au début, assez pénible : lui, voulant manifestement remettre au plus tard la raison de ma présence à ses côtés, moi, fatigué par le voyage et mes capacités dialogiques réduites à leur plus simple expression. Après deux ou trois bouteilles de la bière locale pour moi et le même nombre de Martini blancs pour lui – ce qui fit un certain temps, tout de même – il daigna enfin évoquer mon père, comme si le sujet n’avait pu l’effleurer jusque là.

 

La pesanteur

La fatigue tisse dans ma colonne vertébrale des milliers de micro-réseaux de spasmes électriques. Je sais que je n’aurais pas dû perdre tout ce temps à Nantes, au retour. Mais ma déception, ou plutôt ma grande perplexité, m’y a mené sans que je puisse résister. Le voulais-je seulement ? Trois jours blancs, donc, extra-blancs, pour lesquels ma mémoire refuse de dérouler un film linéaire. Goût de bière et de tabac sur des muqueuses inconnues, musique binaire à décoller la plèvre, rires assourdissants et odeurs de pisse, contact glacial d’un carrelage souillé. Je voudrais ne pas avoir été, la honte serait un sort enviable, par comparaison : avoir ainsi jeté au néant trois précieuses journées me rend malade.

 

Les employés de la SMN s’activaient à terre et dans la cale, tandis que le bateau était arrimé. Depuis le pont supérieur, mon regard se fixa immédiatement sur cette silhouette haute et presque frêle. X m’attendait comme nous en avions convenu par téléphone. La traversée jusqu'à Belle-Ile et l'arrivée au Palais me font toujours cet effet, après toutes ces années : comme un film, ou plutôt une séquence de film, le passage d'un livre, d'un roman, dont on ne se lasse pas. Visions successives et relectures ne font qu'ajouter à la force avec laquelle l'œuvre nous happe tout entier, qu'aiguiser nos sens à la réception de ces formes signifiantes et sensibles.

Dans la file indienne de passagers, en descendant, je ressentis une frayeur aussi absurde qu’intense et brève : ayant perdu X de vue quelque instant, je me suis vu avoir phantasmé toute cette histoire.

  Mon fils se réveille de sa sieste. Il hurle.

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