jeudi, 03 janvier 2008

Mouslim contre Mouslim

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Philippe Muray avait, dans ses Exorcismes Spirituels IV : Moderne contre Moderne, annoncé et décrit avec son habituel talent le Bien qui en vient aux mains avec le Bien. Le moderne modernisant qui se crèpe le chignon avec la modernité modernante, non seulement il allait falloir s'y faire mais on n'allait plus voir que ça.
Pour bien commencer cette année 2008 qui n'aura, je le sais, de cesse de ne pas nous décevoir dans sa capacité à faire plus et mieux que 2007, offrons-nous une bonne tranche de rigolade avec une incarnation spécifique de ce modernissime antagonisme, en l'occurrence sa version islamique : aux Pays-Bas, un ouléma a publié une fatwa prohibant pour les femmes l'usage du vélo, arguant que celui-ci provoquerait chez celles-là qui le pratiquent une excitation sexuelle.
Tollé, polémique, aux armes citoyennes et engagées, etc.
Et en voiture pour le débat participatif, ouvrons-lui gaiement les guillemets :
"Les musulmanes vivant aux Pays-Bas n’ont pourtant pas le choix que d’utiliser le vélo, le moyen de transport le plus populaire en Hollande, avec plus de 30 millions d’unités dans le pays. D’autant plus que de nombreuses femmes peinent à s’offrir un permis de conduire et une voiture, et se retrouvent ainsi dans l’obligation d’apprendre à pédaler et de braver ces interdits. Les musulmanes les plus conservatrices respectent la fatwa à la lettre, et assimilent le vélo à un objet sexuel."
"Elaph.com a interrogé plusieurs femmes musulmanes, d’origine somalienne, irakienne, algérienne ou marocaine... Elles sont partagées entre l’utilité du vélo, un outil de transport indispensable, la fatwa le prohibant, et les difficultés de l’apprendre et de le pratiquer. Ainsi, Hassiba, une marocaine, s’est retrouvée à l’hôpital après une chute due à sa robe, qui a coincé la chaîne du vélo..."
"Notons que plusieurs dizaines d’internautes ont réagi à cet article, sur Elaph.com. Les plus radicaux approuvent l’interdiction du vélo pour la femme, mais de nombreux intervenants rappellent que les femmes, durant les conquêtes musulmanes des premiers siècles, contribuaient au jihad à dos de chameaux dont la pratique est bien plus excitante sexuellement que le vélo. Et de ce fait, ils dénoncent l’auteur de la fatwa interdisant le vélo estimant qu’il contredit les pratiques des premiers compagnons du Prophète."
[source : Mediarabe]

ps : par ailleurs, cela ne laisse pas de me conforter dans l'idée que l'extrémisme islamique contribue aussi et surtout à faire passer la pilule de l'islamisation douce.

vendredi, 30 novembre 2007

Demain, j'arrête...

Fred Chichin parti, il nous reste Jean-Louis Murat.

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"Michaux ou René Char me tombent des mains! J'aime mieux me replonger dans la lecture des chansons de Pierre Jean de Béranger, dont je viens de faire un album de reprises. Il faut d'urgence rééditer ses textes! Au XIXe siècle, c'était une star, admirée par Victor Hugo, Goethe ou Lamartine. Il a été complètement autodidacte, comme moi, et il est devenu l'un des plus grands poètes du XIXe siècle. La richesse de son écriture n'a rien à voir avec le niveau de la chanson française d'aujourd'hui, qui illustre bien l'échec de l'Education nationale. Les textes ne disent rien, on remplit des cases avec des mots, comme s'ils étaient innocents...
Quand j'écoute la radio, je deviens dingue. On a l'impression de vivre pendant l'entre-deux-guerres, lorsque les vedettes de la chanson n'étaient autres que les pétomanes...
Le niveau du roman français contemporain, c'est pareil. Récemment, il n'y a guère que Philippe Muray et Renaud Camus qui m'aient semblé de vrais défenseurs de la langue française."

    LIRE, mai 2005

"Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c'est le concours de l'Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom."

    LE MONDE, novembre 2007

"Quand tu écoutes les interviews de Ferré ou de Brassens, tu hallucines. Ils sont contre l’armée, contre la police, contre le truc et le machin. Qu’est-ce qu’ils veulent avec leur anarchisme de droite ? Brassens met Roosevelt, de Gaulle, Hitler dans le même bateau ! Et il part gentiment avec son paquetage visser des Messerschmitt avec Marchais pendant trois ans en Allemagne. (...)
Manu Chao, si tu fais du «rock équitable», t’as qu’à verser les royautés aux prisonniers cubains au lieu d’investir dans l’immobilier en Espagne… (...)
Le public de la chanson française est de gauche, donc tout le monde fait supergaffe à ce qu’il dit. Avant, tu avais un Ernest Pinard [l’avocat impérial qui accusa “les Fleurs du mal” et “Mme Bovary”]. Maintenant, tu as 60 millions d’Ernest. Et moi ! Et moi ! Et moi ! (...)
Baudelaire avait pressenti la tarlouzification des âmes, dont l’emblème est Ségolène Royal. J’ai toujours trouvé que le gros cul du Poitou n’assurait pas une cacahuète. Ce pauvre François Hollande a bien fait de se barrer. Depuis, il va mieux : il a maigri, il tète les gros orteils des filles, il renaît."

     LE NOUVEL OBS, octobre 2007

vendredi, 12 octobre 2007

Du rêve pour les oufs

    Pas une semaine qui passe sans que l'on regrette que Philippe Muray ne puisse s'esbaudir avec nous de la nouvelle réalité.

    Au journal télé, hier soir, j'apprends que dans je ne sais plus quelle banlieue française, le maire, pour remédier aux intolérables dégradations des halls d'immeubles perpétrées par des jeunes-victimes-du-racisme-et-de-l'exclusion-et-qui-voudraient-pourtant-tellement-créer-leur-entreprise, a trouvé la solution. La génialissime idée, à la confluence de l'art contemporain et du bon sens, n'attendait que de trouver l'esprit dans lequel elle s'incarnerait avec l'évidence la plus moderne : construisons un hall d'immeuble... sans immeuble.
L'édifice (j'ose espérer qu'ils n'en ont construit qu'un unique exemplaire) est une sorte d'énorme cabane de tôle blanche et rouge (manquait un peu de vert, quand même...) en forme de pavé, défigurant un peu plus un paysage sans nom. Et il restera bien sûr immaculé et déserté. Immaginez un peu les cailleras : "Wesh, cousin, viens on va niquer les fausses boîtes aux lettres (là, je n'invente pas !) ça va trop pas les faire chier, hin hin hin !"
   
    En voiture, ce matin, j'écoute un peu les infos et j'apprends cette fois-ci que la banlieue serait en train de se vider de ses médecins. On sait que le phénomène touche aussi les campagnes, où les jeunes médecins dynamiques ne pourront certes ni faire fortune ni trouver un Gap à moins de cent kilomètres à la ronde, mais les banlieues, on ne voit vraiment pas ce qui les fait fuir. Le cas est visiblement particulièrement grave à Bobigny, et une autorité médicale interviewée disait que si la tendance ne s'inversait pas, dans quelques années, c'est Médecins Sans Frontières qui devrait s'occuper de ces territoires. Sur le ton de la boutade, bien sûr, mais en soulignant bien que l'idée n'était pas si farfelue que ça, et qu'il ne voyait à l'heure actuelle pas vraiment d'autre perspective.

"Je vous souhaite le bonjour.
Nous vivons une époque moderne."