lundi, 20 août 2007
Son nom est Légion (de rue)
Le théâtre de rue, ça serait pas un peu le Disneyland des bobos, desfois ?
Bon, je vais être honnête : je n'ai jamais assisté à un spectacle estampillé tel, mais quand un bidule culturel dit "de rue" en arrive à charmer les masses et à sucer ainsi le vit à subventions, je ne peux réprouver une vague impression de foutage de gueule. International, même, le foutage ! Pour s'en assurer, suffit de se rendre à Aurillac, où se tient du 22 au 25 août le Festival International de Théâtre de Rue.
Personnellement, je n'irai pas, mais un ami va s'infliger ça, et je me disais que, par compassion, je pouvais peut-être tenter de cerner le phénomène. Comme un couard, derrière mon clavier.
Mon impression se confirme immédiatement avec la présentation que le festival fait de lui-même sur son site :
"Tout en ouvrant la programmation à des formes très différentes, Michel Crespin puis Jean-Marie Songy et leurs équipes ont créé avec les artistes de rue des relations fortes et durables.(...) Durant ces 4 jours, le Festival d’Aurillac ouvre toutes les rues, places, squares et alentours de la ville aux artistes de rue et à quelque 100 000 spectateurs pour offrir une programmation bouillonnante et ouverte sur l’international. Depuis sa création en 1986, le Festival s’est attaché, en parallèle de la programmation officielle qui compte une vingtaine de compagnies françaises et étrangères à accueillir tous les artistes de rue qui souhaitent se produire à Aurillac.(...) Le succès « grand public » de la manifestation a confirmé cette réussite. Durant le Festival, Aurillac triple sa population : plus de 100 000 personnes se croisent, durant les 4 jours. On y rencontre un public très divers, intergénérationnel et traversant toutes les classes sociales. En parallèle, les habitants du Bassin d’Aurillac se sont également approprié le Festival. Les 20 éditions ont peu à peu formé localement un public friand et connaisseur du théâtre de rue."
Tant d'ouverture, moi, ça m'enrhume d'avance.
D'un autre côté, ils ont l'air ravis, les habitants d'Aurillac. Ben oui : on vous dit qu'ils se le sont approprié, ce festival. C'est bon, ça ! C'est pas tous les jours qu'on "triple sa population", non plus. C'est bon aussi, ça, de tripler sa population pendant quatre jours et quatre nuits ! Mais ce n'est pas tout : on nous précise enfin que la vingtaine d'exactions a fini par "former" un public local. Et là, je ne peux m'empêcher d'avoir une triste pensée pour les aurillacois qui ne voient pas forcément la festivisation de leur village, son occupation par cent milliers de spectateurs (autant dire, ici, de touristes...), avec la bienveillance du téléramiste. Ceux dont l'oeil ni ne brille ni ne pétille à l'idée de voir s'installer un onirisme de carton-pâte dans leur bourgade, ont-ils voix au chapitre ? Mais enfin ! comment pourrait-on oser critiquer la Culture ? Est-il tenable de dire "non" quand la population festivisée halète et crie "oui", les traits déformés par la jouissance de se faire enculturer ? A part la fuite, je ne vois aucun moyen de lutter. Comment ne pas accueillir, lubrifié d'extase esthétique et tout dilaté de gratitude citoyenne, un "public très divers", "intergénérationnel" et, goutte de poppers sur la cerise sur le gâteau, "traversant toutes les classes sociales" ?! Non, vraiment, comme disent les jeunes : y'a pas moyen.

postScriptum : par chez moi, une de ces troupes de comédiens-nomades urbains déviants et chébrans a fait un peu parler d'elle avant de s'atteler à la conquête du monde et je vois qu'elle est programmée à Aurillac... J'ai l'immense plaisir de vous livrer un bout de son manifeste, un texte à la fois théorique et poétique de très haute tenue. Âmes sensibles s'abstenir.
"La compagnie Off c'est une vie et ce qui importe, ce n'est pas qu'elle dure mais qu'elle soit bien jouée (enfin c'est bien aussi si elle peut durer). La Compagnie Off c'est une intuition permanente sur des thèmes universels. C'est une conception fragile sur la fissure, proche du vide. C'est l'équilibre dans le déséquilibre, la normalité dans l'anormalité, une quête de juste et de l'essentiel. La compagnie Off c'est un groupe électrogène, smooth ou en pétard, avec un noyau plein de pépins, une pépinière satellite formée de strato-cumulus et cumulo-nimbus accumulés dont il faut gérer les états d'âme, d'amour et d'amitié, damnées en années.(...) Vouloir que chaque spectacle soit le dernier.(...) Tendre vers un théâtre de circonstance et de bonne compagnie.(...) Tisser un lien subtil et singulier entre le lieu, le récit et le public. (...) Partager la sueur, le fantasme, l'extravagance.(...) Poser les cadres "hors-cadres" des visions hors du temps. (...) Chercher à conquérir la frontière entre le réel et l'imaginaire."
Compagnie subventionnée par le Ministère de la Culture, la DRAC Centre, la Région Centre, la ville de Tours et la Communauté d'Agglomération Tour(s) Plus...
22:05 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : festival, théâtre, fête, culture, Aurillac, Festival International de Théâtre de Rue


Commentaires
Il faut absolument voir la trilogie des "Punks à chiens" qu'a réalisé Arte pour son émission Tracks ! Ça se trouve facilement sur le web.
Je n'ai vu qu'un seul des trois volets, mais c'était bien croustillant et bien suffisant pour se faire une idée précise du sujet : c'était justement tourné pendant le festival d'Aurillac dont vous causez. L'occasion de prendre la mesure de ce que recouvrent réellement les termes "inter-générationel", "l'accueil de tous les artistes de rue", et tout le bullshit habituel. En fait de théâtreux festifs, faut voir ce qui traîne dans les rues pendant le festival...
Ecrit par : fromageplus | mardi, 21 août 2007
Je me suis déjà retrouvée au festival pionnier en la matière, celui de "Chalon dans la rue" (à Chalon-sur-Saône). Je me souviens de gens dans des caddies de supermarché habillés en sacs poubelle qui jetaient des concombres hachés sur le public. Je me souviens aussi d'une personne trimballée sur un diable par un acolyte. Je me souviens aussi d'une grande foule pleine d'ennui.
Ecrit par : danslesvilles | mardi, 21 août 2007
F+ > j'avais vu quelques passages, et je dois vous avouer que j'avais pensé à vous ;)
Je ne savais pas que ça se passait à Aurillac ! Vous êtes sûr ? On aurait plutôt dit un festival de concerts keupons...
danslesvilles > cette foule ingrate ne s'amusait même pas ?! pourtant, du concombre haché, c'est trop lol !!!!! mdr !!!!
Ecrit par : paratext | mardi, 21 août 2007
C'est quoi dans la cabine téléphonique ?
Ecrit par : Pascale | samedi, 25 août 2007
Par définition le gauchiste bien pensant n'est pas un rigolo. Il verse dans le misérabilisme et la tristesse. Comment voulez-vous qu'il sache amuser le spectateur ?.... si spectateur il y a !
Ecrit par : Pascale | samedi, 25 août 2007
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