« 2007-05 | Page d'accueil | 2007-07 »

jeudi, 28 juin 2007

Bonnie 'Prince' Billy

jeudi, 21 juin 2007

Life on earth

"J'ai remarqué aussi combien nous impatiente la lecture des vieux livres. Nous voudrions les avoir lus pour l'espèce de consistance que cela donnerait sûrement à notre cervelle, que nos pensées s'en trouveraient plus nombreuses, nettement formulées et à propos.
Mais ces volumes d'histoires surannées, de morales vieillottes et compassées, s'avèrent laborieux, d'une lenteur de résultat exaspérante alors que les événements se précipitent dans un affolement de soldes universels, une excitation de liquidation générale avec des pays entiers passant à l'équarrissoir avant que d'être rayés de la carte du monde.
On se fait, par exemple, un devoir d'entendre Montesquieu et son Esprit des lois, mais les heures qu'il faut pour venir à bout de ce fatras d'antiquités se traînent péniblement quand il y a dehors des vaches atteintes de Creutzfeldt-Jakob, des krachs boursiers par satellites, des engouements d'une semaine publiés par haut-parleurs, que des gloires instantanées clignotent dessus le vacarme des villes motorisées, durant qu'on maintient en animation suspendue le cadavre d'une femme enceinte, à tout hasard d'en extraire un foetus viable et d'en étudier ensuite les bizarreries psychologiques. Une après-midi de congé, on s'assoit avec l'idée de prendre connaissance du Rameau d'or de Frazer, pourquoi pas.
On tourne quelques pages avec application et puis l'on bat la campagne: le moyen de rester tranquille avec du thiabendazol dans le foie, apprenant le naufrage au large de nos côtes d'une cargaison de neurotoxiques destinée à l'agriculture sous-développée; sachant que des ordinateurs spéciaux épluchent le génome humain et programment pour le prochain siècle les besoins de ce cheptel, que des virus sans copyright rôdent autour de nos défenses immunitaires ruinées.
Et c'est inutilement que l'on cherche à fixer son attention sur les conseils que le bénin Fénelon donne pour l'instruction des filles, quand elles se promènent coiffées d'appareils diffusant de la musique directement dans le cortex, que d'étonnantes sécheresses succèdent à de brusques déluges et que les trois quarts du genre humain sont un rebut dont l'économie qui les a produits ainsi ne sait que faire; que l'on croise dans l'escalier son voisin parlant tout seul, que l'on meurt sans savoir de quoi et peut-être ignorant de ce qu'on ait vécu; et qu'il n'est plus temps de toute façon, si les pensées que nous saurions en tirer sont inconséquentes et facultatives, bornées à l'espérance de vie de nos organes.
De quel usage nous seraient-ils, dans ce présent neurasthénique où l'on nous a déplacés, ces ouvrages vénérables et toutes ces nourrissantes confitures spirituelles que l'histoire avait accumulés sur ses rayonnages."
 
Baudouin de Bodinat, La vie sur terre
 
[à lire en entier ici

mardi, 12 juin 2007

Requiem Aeternam

dimanche, 10 juin 2007

Lu et approuvé

« Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d'émotion. La première larme dit : Comme c'est beau des gosses courant sur une pelouse !
La deuxième larme dit : Comme c'est beau, d'être ému avec toute l'humanité à la vue de gosses courant sur la pelouse !
Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.
La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch. »

Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être

 

e558c481a80b0eb965c96574cc0c63ef.jpg

abbe27c4e591552ac8f2ebc7de5173c0.jpg"L'appellation de sans-papiers est incorrecte. Les étrangers en cause avaient des papiers : visas, titres de séjour ou récépissés de demandes d'asile. Ils connaissaient de ce fait la date de la fin du séjour dont on leur refuse la reconduction. Cette autorisation non renouvelée, ils prennent volontairement le risque d’être dans l’illégalité. S'ils n'ont pas de papiers c'est du fait de cette situation illégale. L'expression "étrangers illégaux" est plus appropriée que celle de "sans-papiers" qui transforme un manquement à la loi en privation d'un droit.

Les autorités n’ont pas à fléchir face à la pression des personnes qui encouragent ces illégaux. Les Français ont en effet organisé leur destinée dans le cadre d’un État de droit ce qui postule qu’une situation illégale ne puisse être créatrice de droit, en particulier de droit au séjour.

Les associations qui tentent d'orienter la gestion de l'immigration ne doivent pas influer sur les décisions du gouvernement représentatif de tous les Français et, de fait, le remplacer pour la délivrance de titres de séjour. Nos concitoyens verraient alors qu’ils sont dessaisis de ce qui caractérise un pays démocratique : confier à des gouvernants la gestion du pays, y compris l’immigration. Les autorités n'ont pas à céder à ces associations, cela d'autant plus que la délivrance d’une autorisation de séjour entraîne des conséquences financières importantes : adhésion à la sécurité sociale, aides sociales. Les militants des sans papiers ne prennent pas en charge sur leur propre budget les frais : hôtel, pécule, école, sécurité sociale, garderie, centre aéré et autres, des personnes auxquelles les autorités compétentes refusent des papiers. Ce serait pourtant à eux de payer et non à la collectivité puisque celle-ci, par ses représentants, estime qu’il n’y a pas lieu à délivrance d’un titre de séjour.

Les groupes qui tentent d'imposer les étrangers sans papiers obligent en fait leurs concitoyens à prendre en charge l'accueil de personnes non désirées, tout en dédaignant les conséquences que peuvent avoir des arrivées non légitimes, en particulier la montée de l'extrême droite.

La régularisation d’illégaux peut en effet amener les Français à critiquer la présence d’étrangers et donc détériorer les relations de ces derniers avec nos concitoyens.

Les sans papiers créent de plus un trouble spécial dans une société où le citoyen ne peut sortir sans une multitude de papiers. Pour aller en voiture à la pêche à la ligne il lui faut le permis de pêcher, l'assurance de l'automobile, la carte grise, le permis de conduire. Si le fils veut passer cet examen du permis, il doit posséder une attestation de recensement et un certificat d'aptitude à la conduite des vélomoteurs. Il lui faut des papiers pour avoir le droit de passer un examen permettant d'obtenir également un papier. Dans ces conditions les Français peuvent être choqués par le fait que l'on puisse obtenir des papiers avec pour seul motif le fait que les autorités compétentes ne veuillent pas les délivrer. Par contre pour eux, Français, l’obtention d’un passeport, d’une carte d’identité, tient du parcours du combattant. Et chaque fois qu’ils vont chez le médecin ou le pharmacien ils sortent leur carte vitale, un papier parmi les dizaines qu’ils doivent posséder. Les Français semblent les seuls, dans leur propre pays, à être obligés d’être des « avec papiers » pour survivre. Ceux qui préparent leur retraite, Français ou étrangers, doivent retrouver tous leurs papiers, sinon ils sont financièrement sanctionnés. La théorie des "sans papiers" ne fonctionne pas pour les travailleurs.


Par ailleurs les Français d'origine étrangère et les étrangers en situation régulière sont victimes d'un effet pervers, conséquence de la non-expulsion systématique des étrangers illégaux. Faute de mettre en œuvre la police de l’immigration, on devient plus sévère à l’égard des étrangers ou des Français d'origine étrangère qui ont de la famille à l'étranger. Un membre de cette dernière peut souhaiter venir en France pour raison familiale. Cependant si cette personne ne peut justifier d’un travail suffisamment rémunéré, on lui refusera un visa. En effet, on pense qu’une fois en France cet étranger peut être tenté pour «s’incruster» de devenir un illégal qui tentera de se faire qualifier de sans papiers afin d'obtenir une carte de résident.

Le refus d'expulser se fait au détriment des Français d'origine étrangère et de leurs familles restées dans leur pays d'origine. Comme on suspecte systématiquement ces dernières de vouloir tricher lorsqu'elles demandent un visa, c'est aux Français d'origine étrangère de se rendre à l'étranger s'ils veulent voir leur famille, le territoire national, leur territoire, étant de fait interdit à leurs proches.

C'est pourquoi les procédures d'expulsion des étrangers illégaux doivent être mises en oeuvre ainsi que celles réprimant l'aide au séjour irrégulier, et ce même à ceux qui, pour essayer d'imposer leur loi, dénaturent les dispositions du code pénal créant le délit d'aide au séjour irrégulier en soutenant qu'il s'agit en fait d'un délit de solidarité. Il n'a pas à être tenu compte des personnes et des groupes qui font pression sur les décideurs en les accusant à tort de vouloir réprimer la solidarité. De même, les étrangers qui sont incités par des groupuscules à faire la grève de la faim n’ont pas à bénéficier d’un passe droit et ceux qui les manipulent doivent être poursuivis dans le cadre des textes relatifs à la mise en danger d'autrui.

Il n'est également pas admissible que certains utilisent de plus en plus le principe de la scolarisation de tous les enfants, y compris de ceux qui ne sont que temporairement en France, pour ensuite revendiquer, du fait de cette scolarisation, un droit au séjour permanent. Il s'agit là d'une tromperie aussi bien pour les enfants en cause que pour la France qui voit une procédure généreuse détournée de son objet. Si ces personnes qui s’opposent aux reconduites à la frontière ont la qualité de fonctionnaire, comme c’est parfois le cas, la sanction disciplinaire de la révocation doit être envisagée en sus des sanctions pénales pour aide au séjour irrégulier.

Depuis des années et avec persévérance, les groupuscules inventent des méthodes, l'utilisation des enfants est la dernière, afin de remettre en cause le pouvoir que les citoyens ont délégué aux gouvernants légitimes afin de traiter les problèmes d'immigration.

Pour permettre la liberté de circulation des étrangers respectueux du pays d'accueil, il faut une police de l'immigration. Il serait également important que les pouvoirs publics cessent de considérer comme des interlocuteurs valables les associations qui, en mettant en avant les étrangers délinquants comme les sans papiers, compliquent l'intégration des étrangers réguliers et des Français d'origine étrangère. Le problème de l'opportunité de verser des subventions à ces associations se pose également.

Plus généralement, concernant ce problème des sans papiers, il convient de constater que tous les pays du monde posent comme préalable la délivrance d'une autorisation à tout étranger désirant devenir résidant. Nul ne proteste lorsque tel ou tel pays expulse un Français dépourvu de titre de séjour. Les accusations lancées à chaque expulsion de clandestins décidée par les autorités de notre pays sont sans objet.

Notre pays est un pays d’immigration qui ne peut accepter que des gens imposent leur présence avec comme seul argument le slogan "j’y suis j’y reste". Un pays de 60 millions d’habitants, qui accueille des gens de toute race, religion, origine, ne peut survivre à l’application de slogans démagogiques."

 

Ce commentaire, trouvé sur le blog A l'école des sans-papiers, sous la signature de "gatjg", synthétise à merveille et de manière fort raisonnable la seule position tenable dans ce débat.

vendredi, 08 juin 2007

Being Sarah (II)

    Cybeele, la grande brune, avait une capacité de bavardage difficilement concevable pour qui ne s’était jamais trouvé soumis au déferlement de phonèmes dont on ne distinguait le sens que laborieusement, à moins d’avoir subi assez longtemps une exposition patiente et régulière à ce type de déluge. Une sorte de mithridatisation, en somme, pouvait vous garantir de ne pas ressortir de là absolument désorienté et en proie à d’intenses maux de tête. Pour elle, le silence était physiquement insupportable et elle pouvait, dans une discussion, passer du coq-à-l’âne un grand nombre de fois, pourvu qu’il n’y ait pas de temps mort.
    Elle était plutôt jolie à regarder et savait se mettre en valeur, maniant les artifices avec un naturel non feint : les garçons ne manquaient pas de se retourner sur son passage et les filles d’apparence plus banale la jalousaient secrètement. Sa longue silhouette bien proportionnée n’était due qu’à l’injuste Nature, car elle ne faisait aucun sport et mangeait mal, ce qui avait le don d'agacer nombre de ses amies. Elle aurait pu apparaître, à qui savait regarder, comme une enfant blessée dans un corps trop grand. Pourtant, tout le monde s’accordait à ne voir en elle qu’un idéal esthétique, un peu comme ces filles à moitié dénudées, rayonnantes et végétales, dans les publicités pour des yaourts ou des crèmes de beauté. En un peu plus humaine, plus réelle. En plus causante, aussi.
    En comparaison, Marlène relevait de la norme. Il émanait d’elle un charme sombre qu’exacerbait un maquillage faisant ressortir la pâleur de sa peau, qu’elle préservait du soleil à l’aide de quantité de crèmes solaires onéreuses. Néanmoins, elle n’avait personne dans sa vie, et ce depuis fort longtemps. Non pas qu’elle fut excessivement timide, ou qu’elle ne sût point se montrer séduisante aux yeux de ses congénères mais, alors que son amie se livrait volontiers aux plaisirs charnels, elle s’adonnait, elle, depuis quelques années, à une véritable ascèse sexuelle. Le plus surprenant était qu’elle se trouvât liée à Cybeele par une amitié consistante et authentique, alors même que cette dernière aurait dû finalement lui apparaître comme l’incarnation de ce qu’elle fuyait et exécrait. Toutefois, était-ce cette sorte de grâce candide qui émanait de la moindre des attitudes de ce moulin à paroles, Marlène n’aurait pu, pour quelque raison que ce soit, vouloir se passer de la compagnie rassurante de Cybeele.
    La jeune femme s’était faite temple de chasteté, du jour au lendemain, à la suite de ce qu’elle identifiait comme une révélation. Il lui était apparu qu’à partir de ce moment, elle ne succomberait à la charge érotique d’un corps que lorsqu’elle serait sûre que ce dernier appartiendrait à celui qui l’épouserait. Elle avait, à deux reprises, usé des voies de l’onanisme afin de satisfaire une irrésistible pulsion : le sentiment de culpabilité qui en avait à chaque fois résulté l’avait tant rongée qu’elle élabora une série de punitions à s’infliger en cas de faute. L’intensité de la punition était proportionnelle à la gravité de l’incartade et pour être certaine de ne pas pouvoir se dérober, elle avait scrupuleusement consigné dans un petit carnet rouge une table de correspondances Faute – Pénitence. Cette précaution s’était révélée inutile car Marlène aurait pu, si on l’avait sommée de le faire, réciter au mot près le contenu de ce répertoire de châtiments à usage personnel. Si l’abstinence de Marlène n’était un secret pour qui la connaissait un tant soit peu, la contrepartie mortificatoire de cet aspect de sa personnalité était affaire intime. Elle avait bien failli, une fois, se confier à Sarah qui s’enquerrait de la provenance de ces coupures sur ses cuisses mais elle avait éludé en balbutiant une histoire de verre cassé.
    Complétant le trio, Sarah n’aurait pu être l’amie exclusive de l’une ou de l’autre. Elle n’y trouvait sa place que dans l’espèce d’équilibre précaire né de la relative opposition des deux autres termes. Leur attraction mutuelle conditionnait l’orbite que Sarah occupait, ou bien était-elle peut-être le soleil de ces deux petites planètes. En général, elle parlait peu et, aux yeux de certains, cela passait pour une désagréable écharpe de morgue, d’autres voulaient voir en elle une intelligence supérieure observant en retrait le cercle de ses congénères. Cela lui valait en tout cas qu’on la laisse souvent tranquille. Elle avait le même âge que ses deux amies, mais la vie avait fait d’elle un être plus mature.
    Sarah ne craignait pas la solitude, et allait parfois, dans les moments de grand doute, jusqu’à considérer la compagnie de ses amies comme une nécessaire et édifiante promiscuité. Il lui était aussi arrivé, à deux reprises, de les laisser plusieurs semaines sans donner signe de vie : renouer les liens s’était avéré moins fastidieux qu’elle ne l’avait d’abord envisagé et cela la conforta dans l’idée qu’elle pouvait se laisser porter par cette relation simple et sécurisante, sans trop se poser de questions.
    Ses grands yeux sombres semblaient occuper la plus grande partie de son visage et, sans aucun autre mouvement des parties de celui-ci, ils savaient tour à tour vous absorber délicieusement et vous darder de flammèches de colère. Par ailleurs, on la croyait volontiers sportive, bien qu’elle ne s’adonnât que très rarement à l’effort athlétique : elle n’en ressentait aucunement le besoin, même si elle avait eu sa période natation, et elle préférait infiniment passer du temps baignée de la fraîcheur des quelques bibliothèques qu’elle avait réussi à dénicher dans la région. D’ailleurs, comme Marlène l’aperçut à l’angle de la place, elle revenait tout juste de celle de l’université, la moins intéressante mais la plus accessible. Elle semblait heureuse.

vendredi, 01 juin 2007

Mangez de la viande

 

3747c591f0c01cbd246efd7446780cba.jpg

 

Alain Finkielkraut : On a le droit de mûrir, on a le droit de vieillir, et qu'on n'est pas obligé de dire que...
Nicolas Demorand : Cours, cours, jeune homme, le vieux monde est derrière toi, Alain Finkielkraut, hein !.
AF : Oui, sauf que le vieux monde n'était pas derrière nous, le monde...
ND : Et qu'on n'est plus un jeune homme, non plus, hein !
AF : Le vieux monde, le vieux monde, c'est une chose fragile, et périssable, et d'autant plus précieuse qu'il est en train de disparaître. Ce n'est pas la tradition qui pèse sur les cerveaux des vivants, ce sont des vivants sans bagage et sans passé qui prétendent faire la leçon à tout le monde.

[...]

Ma vie est une insulte au métissage du monde, alors il faut en finir !

 

Partie I

Partie II 

Toutes les notes