dimanche, 13 mai 2007

Being Aline (VI)

    La perspective de venir s’installer en Touraine avait permis à Aline de ne pas sombrer. L’année qui venait de s’écouler avait été difficile et quand, au mois de février, Théo lui avait fait part de sa possible mutation en Indre-et-Loire, elle remercia secrètement Dieu, à qui elle s’adressait de temps à autre. A partir de ce moment, elle avait passé tout son temps libre à la recherche d’une maison : agences immobilières, notaires, petites annonces de particuliers, elle passait au crible de ses robots intelligents tous les canaux susceptibles de receler la maison de ses rêves, celle qui répondrait à tous les critères dont elle avait nourri ses petits programmes mercenaires. Elle avait aussi dû réactiver les quelques contacts qui lui restaient à Tours. Le bouche à oreille était assurément un média à ne pas négliger. Les vacances de Pâques furent l’occasion d’effectuer beaucoup de visites physiques car celles virtuelles étaient très souvent sujettes à caution : très peu de vendeurs s’embarrassaient de scrupules lorsque, par exemple, ils gommaient du film holographique la vue peu bucolique de telle fenêtre, qu’ils remplaçaient un paysage sonore digne d’une fête foraine installée sur une aire d’autoroute par un suave gazouillis d’oiseaux, qu’ils augmentaient la hauteur d’un plafond ou qu’ils conféraient peau neuve à des murs en fin de vie. Certains se découvraient ainsi des talents cachés de publicitaire averti. Un couple de ses amis s’était ainsi fait rouler lors d’une vente à distance : l’appartement qu’ils avaient acheté « sur un coup de foudre » et sur la foi quasi exclusive de cette pseudo-visite, avec actes notariaux en ligne, signatures électroniques et transaction financière immédiate et sécurisée, s’était révélé être une sorte de version cauchemardesque de l’image qui leur avait été servie. Le procès n’en finissait pas. Enfin, dans l’ensemble, ses excursions avaient été  décevantes et, ayant arpenté tout le département, d’Amboise à Descartes, de Château-Renault à Loches, elle en revenait chaque fois un peu plus contrariée : peut-être allait-il être nécessaire de revoir leurs exigences à la baisse. Les maisons-clones, pavillons répliqués à l’infini, groupés à la périphérie des anciens bourgs, avaient rapidement perdu de leur valeur, malgré l’état du marché immobilier et avaient été désertés par leurs primo-acquéreurs, lesquels investissaient désormais dans des copies de maisons anciennes, implantées sur une périphérie plus large ou bien à l’emplacement des maisons de bourg, rasées pour l'occasion. Elles se vendaient donc à présent assez vite et Aline avait décidé, après avoir hésité un temps, d’aller en visiter une, dans la conurbation nord de Tours : juste pour voir. Et elle avait vu. Non seulement les constructions avaient mal vieilli et se lardaient de rafistolages disgracieux, mais le dédale de ces zones pavillonnaires, tristes labyrinthes où l’entropie révélait rapidement la part infernale de ces constructions rationnelles, était parfois la proie de bandes pour lesquelles il faisait office de piste pour leurs courses de moto-jets. Se disant cela, Aline s’était tout de suite figuré certaines configurations urbaines qui faisaient passer ces ensembles pour des havres de beauté architecturale, mais elle ne pouvait se résoudre à envisager sérieusement de vivre en ces lieux. Il y avait aussi ses nouvelles habitations en sous-sol, mais la perspective d’un habitat baigné en permanence de lumière artificielle lui glaçait le sang.
    La confirmation de la mutation de Théo, fin avril, vint à la fois rassurer la jeune institutrice – le terme était un archaïsme mais il lui plaisait de s’en affubler – tout en ajoutant à l’angoisse de ne pas trouver de maison qui les satisfasse. Celle-ci était telle, chez Aline, que des disputes aux motifs peu habituels survenaient entre elle et lui. C’est à cette période qu’un soir, la mère d’Aline les informa que la maison de Saint Paterne était en vente et qu’elle pourrait sûrement intercéder en leur faveur.

Commentaires

C TRE JOLI, J'M BOKOU

PS 1 : Désolé, je m'étais promis de le faire... suite à un certain "pensum"... :o) !

PS 2 : Toute plaisanterie mise à part, c'est... bien.

Ecrit par : En passant | mercredi, 16 mai 2007

TRO BI1 TON KOM !!!

Merci, cher passant.

Ecrit par : paratext | mercredi, 16 mai 2007

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAh !
Je ne le ferai plus, c'est promis, pitiééééééééééé !

Ecrit par : En passant | mercredi, 16 mai 2007

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