jeudi, 03 mai 2007
Being Aline (IV)
A peine eut-elle franchi le seuil que la fraîcheur du rez-de-chaussée procura à Aline une sorte de brève secousse nostalgique. L’antique et lourde porte refermée, elle sentit ses muscles se relâcher complètement. Un flot de réminiscences la traversa fugitivement. Dans la pénombre, elle vit les cartons qui encombraient l’entrée et l’ensemble donnait l’impression qu’un bébé géant avait abandonné là ses cubes monochromes, après les avoir éparpillés gaiement. La jeune femme laissa ses pupilles s’adapter à la semi obscurité dans le silence que la grande demeure avait toujours su adopter. Elle l'habitait désormais, c’était sa maison. Même s’il en avait toujours été ainsi, d’une certaine manière, sur un mode différent. Et la maison semblait l’habiter aussi, elle, depuis toujours, comme un organe en sommeil qu’elle aurait peu à peu oublié. Une fois sa vision accoutumée au peu de lumière, elle entreprit d’enjamber quelques sacs, des petits cartons ça et là, faillit trébucher sur une chaise pliée dont les pieds dépassaient, et s’immobilisa enfin au milieu du hall d’entrée afin de dresser l’oreille. Le bruit d’une chose massive qu’on tire sur le plancher au-dessus de sa tête lui fit lever les yeux vers les poutres de chêne clair.
- Dadou ?!…
Ponctuant le lourd frottement, un choc sourd la fit sursauter. Il lui sembla que les murs eux-mêmes avaient chancelé. Elle appela, une certaine inquiétude crissant sous les phonèmes :
- Dadou, ça va ?!…
En même temps qu’elle prononçait ces mots, elle s’élança vers le large escalier de bois qui lançait contre le mur de gauche sa volée de vastes marches. A mi-chemin, où l’escalier virait à droite, Aline évita, dans sa course, une deuxième chute : un tournevis posé sur une des marches faillit la renvoyer illico là d’où elle venait mais elle vit sa main droite, douée d’une soudaine et salvatrice autonomie, s’élancer d’elle-même vers les balustres et se saisir de l’une d’entre elles. Une fois l’équilibre rétabli, Aline se remit à gravir prestement les derniers degrés. La silhouette élancée et souple émergeant sur le palier se dirigea au pas de course vers la grande chambre. Elle avait instinctivement localisé la provenance du bruit.
- Oh, mon chéri, mon dieu !
Théo était assis contre le mur opposé, sous la fenêtre qui ouvrait sur le jardin, et l’accablement qui tirait son visage vers le bas était une expression assez rare chez lui pour qu’Aline ne vit que cela durant quelques secondes.
- Tu es blessé ?! Dadou, dis-moi que tu n’as rien, dis-moi quelque chose !
Le meuble n’avait pas résisté à la chute : l’énorme et rustique armoire gisait au milieu de la pièce, telle un corps partiellement démembré.
- Dadou ?!…
Ponctuant le lourd frottement, un choc sourd la fit sursauter. Il lui sembla que les murs eux-mêmes avaient chancelé. Elle appela, une certaine inquiétude crissant sous les phonèmes :
- Dadou, ça va ?!…
En même temps qu’elle prononçait ces mots, elle s’élança vers le large escalier de bois qui lançait contre le mur de gauche sa volée de vastes marches. A mi-chemin, où l’escalier virait à droite, Aline évita, dans sa course, une deuxième chute : un tournevis posé sur une des marches faillit la renvoyer illico là d’où elle venait mais elle vit sa main droite, douée d’une soudaine et salvatrice autonomie, s’élancer d’elle-même vers les balustres et se saisir de l’une d’entre elles. Une fois l’équilibre rétabli, Aline se remit à gravir prestement les derniers degrés. La silhouette élancée et souple émergeant sur le palier se dirigea au pas de course vers la grande chambre. Elle avait instinctivement localisé la provenance du bruit.
- Oh, mon chéri, mon dieu !
Théo était assis contre le mur opposé, sous la fenêtre qui ouvrait sur le jardin, et l’accablement qui tirait son visage vers le bas était une expression assez rare chez lui pour qu’Aline ne vit que cela durant quelques secondes.
- Tu es blessé ?! Dadou, dis-moi que tu n’as rien, dis-moi quelque chose !
Le meuble n’avait pas résisté à la chute : l’énorme et rustique armoire gisait au milieu de la pièce, telle un corps partiellement démembré.
- Nul, nul, nul ! Je suis nul… Je te demande pardon.
Aline était maintenant agenouillée près de lui, l’entourant de ses bras. Le regard encore lourd d’une grande stupeur, Théo continuait de fixer le meuble de famille.
- Je suis navré, je sais que tu y tenais beaucoup.
- Un bon menuisier pourra sans doute la réparer…
- Tu crois ?
- Je ne sais pas, on verra. Mais pourquoi voulais-tu la déplacer ?
- En mesurant, je me suis aperçu que le lit king-size ne tiendrait pas.
12:30 Publié dans La dilution | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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