samedi, 31 mars 2007

Minimum Respect

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mercredi, 28 mars 2007

Fine Young Cannibals

"Montherlant avait eu un jugement prophétique lorsqu'il disait que les sociétés payent très cher le fait d'avoir constitué la jeunesse comme une entité séparée. C'est le signe que les générations en place ne sont plus sûres de leurs valeurs... Les sociétés se maintiennent parce qu'elles sont capables de transmettre d'une génération à l'autre leurs principes et leurs valeurs. A partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre, ou ne savent plus quoi transmettre et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades."
Claude Lévi-Strauss

samedi, 24 mars 2007

Being Alex

    A onze heures précises, les cordes du concerto pour piano n°20 de Mozart s’étaient mises à résonner, après la très douce introduction, dans l’obscurité et la fraîcheur artificielle de l’appartement. Au dehors, quelques ronflements de moteurs ainsi que des cris d’adolescentes extraverties. Quand le piano de Clara Haskil se fit entendre, Alex entreprit d’évacuer les traces d’un sommeil moite et agité en allant prendre une douche reconstituante (extrait de ginseng, algues du Mexique et cocktail de vitamines). I love you, what’s your name ?… Ces mots résonnaient encore dans sa tête, comme un lointain écho venant d’un monde traversé en rêve, tandis que son corps, avec une quasi autonomie, enclenchait le programme « ablutions matinales ».
    Comme il réapparaissait dans la chambre, terminant de se sécher, la phrase musicale qu’il appelait refrain et qu’il avait sifflé en boucle sous la douche, revint une dernière fois avant le deuxième mouvement, plus quiet. Alex ne connaissait rien à la musique, mais il affectionnait particulièrement les contrastes de ce concerto, sa vigueur, sa fougue mélodique, ses motifs délicats emportés par un élan enthousiaste, et il tentait souvent, après une journée éprouvante, de faire naître à son écoute, les yeux clos, quelque image apaisante, ou dépaysante, qui pourrait évacuer celles, indésirables, enregistrées durant le travail et qui ne manqueraient pas de revenir à la surface troubler les eaux calmes du repos.
    L’appartement était bien rangé. La plupart des espaces offerts par les hauts murs blancs disparaissaient derrière la multitude de livres qu’avait amassé Alex depuis son adolescence. Parfois, il lui arrivait de se souvenir d’un ouvrage qu’il avait possédé, de le chercher sans trop y croire dans les rayonnages qu’il connaissait comme on connaît les ruelles du village où l’on a grandi, puis de pester vaguement contre ces disparitions, probablement dues à quelque emprunteur peu scrupuleux.
    Il n’avait, pour l’instant, pas d’intervention de prévue et décida donc qu’il se rendrait à la bibliothèque universitaire, comme il en avait pris l’habitude depuis déjà quelques mois. Après une série de pompes rondement menée et un petit-déjeuner frugal constitué d’un thé vert et de quelques biscuits, Alex acheva de s’habiller et claqua la porte de chez lui sur les dernières notes du concerto.
    Une quinzaine de minutes à pieds le séparait de la Nouvelle Université des Tanneurs. On avait édifié celle-ci sous le lit de la Loire, dans une sorte de gigantesque tunnel reliant une rive à l’autre. Nombre de bâtiments publics s’étaient ainsi vus, ces dernières années, reconstruits de manière souterraine. La faculté ligérienne abritait une très honorable bibliothèque, agréable et fonctionnelle, dans laquelle Alex pouvait, grâce à sa carte professionnelle, emprunter ce qu’il voulait. En arrivant, il goûtait particulièrement ce moment où, pénétrant dans l’ascenseur – un descenseur, plutôt, avait-il pensé la première fois qu’il l’empruntait – il se sentait déjà happé, entraîné vers ce monde englouti et hors du temps.
Les étudiants sont des cons, pensa-t-il comme la porte s’ouvrait au sixième niveau, le pénultième. Des jeunes cons.
Se dirigeant machinalement vers la section des périodiques, le jeune homme au costume sombre et aux cheveux mi-longs examinait méthodiquement le visage des quelques congénères qu’il croisait.  Si ces derniers lui semblaient souvent porter un masque, il lui arrivait parfois de contempler, avec un plaisir manifeste, un visage humain, vivant. La responsable de la section, très affable, lui adressa un sourire de bienvenue, qu’il lui rendit avec un petit signe de tête. En attrapant sa revue habituelle sur le présentoir, il balaya du regard l’ensemble des lecteurs présents mais ne reconnut personne.

mercredi, 21 mars 2007

She'll kill her

 podcast

S'adresserait-elle à son petit ami, qui s'apprête à voter pour la candidate du PS ? 

Quoi qu'il en soit, pour l'accent frenchie, pour la simplicité, pour l'éclat à la Chan Marshall, je vote SoKo.

lundi, 19 mars 2007

Rembobinage Rapide

En voiture, sur une radio "libre" (entendez anarcho-gauchiste), j'entends une reprise de la chanson Les Bêtises, de Sabine Paturel : en allemand, version lyrique avec piano.
Dans une grande surface, je me tiens quelques secondes, perplexe, devant un présentoir ventant le nouveau-né de chez Philips : le rasoir Bodygroom, avec lequel now, you can shave everywhere ("rasage parfait du cou aux orteils" : oui, j'ai bien lu orteils, et non oreilles...). Finalement, je suis bien content d'être velu.
Dans une librairie, une table est dédiée aux éditions La Petite Vermillon / Table Ronde : je feuillette les livres d'Antoine Blondin, Matzneff, Ellul, le Brassens de Vandromme, le Greco de Barrès, hésite longtemps avant de me décider pour Le ciel dans la fenêtre, de Jacques Chardonne. Plus loin, je trouve un "poche" de René Girard, que je voulais justement découvrir.
Devant l'Hôtel des Impôts, un vent glacé me giffle la face, une femme me fait signe : elle s'exprime difficilement, avec un accent slave prononcé,  et me tend un courrier. Je comprends qu'elle cherche l'Hôtel des Impôts pour régler sa redevance télé.

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Mon expresso, servi par une tenancière qui chantonne toute la soupe que la FM braillarde répand dans l'estaminet, des effluves de cigarillos et des blagues grassouillettes jetées à la cantonnade, à proximité de deux spécimens de cette race d'homme qui ne vit ostensiblement que pour l'argent et l'apparat, qui transpirent cela de la tête aux pieds. Faire abstraction de tout ça pour glaner quelques informations dans le Monde, et tomber sur un pitoyable articulet, intitulé Jean Baudrillard n'a pas eu lieu et rédigé par un un caniche-professeur. Celui-ci, en déposant là sa petite crotte sèche, pense sans doute pouvoir retirer quelque gloire à égratigner gentiment J.B. Les "tâcherons malhabiles de l'Université" dont il se réclame sont visiblement très irrités par l'oeuvre de l'intellectuel insaisissable, inclassifiable, politiquement incorrect, et l'agaçant roquet momentanément sorti de son troupeau grogne devant l'homme libre, l'intellectuel trop humain. Enfin, une fois le coup de pied au cul rendu impossible par la mort de l'homme, bien sûr.

vendredi, 16 mars 2007

Au nom du Pire

"Fabriquer l'homme, c'est lui dire la limite. Fabriquer la limite, c'est mettre en scène l'idée du Père, adresser aux fils de l'un et l'autre sexe l'Interdit.

Le Père est d'abord une affaire de symbole, quelque chose de théâtral, l'artifice vivant qui déjoue la société des sociologues et la science des biologistes.

Découvrant les coulisses de la construction humaine, la civilisation occidentale s'est crue affranchie du théâtre et de ses règles, des places assignées et du drame qui s'y joue.

Elle regarde avec des yeux d'aveugle Oedipe Roi, La Flûte Enchantée, la grande scène rock, les murs de la ville tatouée par les taggers.

Nous prétendons transformer en folklore la plainte humaine de tous les temps, pour entrer, dit-on, dans l'ère du plaisir et du bon plaisir.

Nous gérons, et la fabrique généalogique tourne à vide, les fils sont destitués, l'enfant confondu avec l'adulte, l'inceste avec l'amour, le meurtre avec la séparation par les mots.

Sophocle, Mozart et tous les autres, redites-nous la tragédie et l'infamie de nos oublis.

Enfants meurtriers, adolescents statufiés en déchets sociaux, jeunesse bafouée dans son droit de recevoir la limite, votre solitude nue témoigne des sacrifices humains ultramodernes."

Pierre Legendre, La fabrique de l'homme occidental 

jeudi, 15 mars 2007

Being Arnaud (II)

La salle était vaste et grise. Sur la haute estrade, trônait un large meuble décati, en bois verni, sur lequel reposaient des piles de feuilles. Une manière de tribunal. Derrière, sur le mur recouvert d’une peinture jaune pâle qui s’écaillait, un antique tableau vert bouteille où la craie accrochait difficilement. Entré parmi les premiers, Arnaud s’était installé vers le fond, en bout de rangée, sur la droite, près des grandes fenêtres. D’abord uniquement occupé à se mettre à l’aise et à optimiser l’organisation de l’espace qu’il allait occuper durant les six prochaines heures, il se mit ensuite à examiner les candidats qui n’en finissaient pas de pénétrer dans cette retraite collective. Il prit peu à peu conscience et connaissance des individus qui l’entouraient, vaquant à leurs rituels ou échangeant déjà quelques mots creux, nerveux ou stupides. Ici et là, quelques visages lui disaient bien quelque chose, mais personne qu’il ne connût. Deux ou trois filles immédiatement repérées sortaient du lot par leur plastique, mais sur la centaine de candidates présentes – les hommes souhaitant exercer le beau métier de CETRAFE (Coach Expert-Trainer en Recherche Active de Formation et d’Emploi) se faisant plutôt rares – aucune ne fut identifiée par Arnaud comme ayant un potentiel sexuel remarquable. Sur ce bref constat d’impossibilité manifeste de la moindre saisine luxurieuse liée à la situation présente, le jeune homme, assis sur sa chaise inconfortable, se sentit à nouveau la proie d’une sorte de mélancolie : celle-ci l’envahissait lorsque le taraudait ce regret d’être blanc.

Les rabzas et les reunois étaient naturellement plus cools, même si lui avait réussi, à leur contact, à développer cette attitude déjà si éloignée de ce qu’il avait pu être dans un passé lointain : le falot petit blanc, modeste, réservé, et un peu trop poli. Il eut une pensée émue, empreinte d’affection mêlée de ressentiment, pour Saïd (a.k.a Dias Porama, ouèch’) qui fut le premier à lui tendre la main et à l’accepter tel qu’il était. Ils avaient pendant très longtemps été comme des frères, mais Dias avait soudain trahi. A cause d’une française, bien sûr, dont la famille avait eu sur Saïd une influence telle que celui-ci avait rompu avec le quartier et avait fini par disparaître littéralement.

Tout aurait été tellement mieux pour Arnaud, s’il n’avait été engendré par deux putains de blancs ! Quoi de plus ringard que d’attraper des coups de soleil ?! Il avait jusque là fait son possible pour atténuer cette tare, et il s’était plutôt bien débrouillé, mais il y avait de ces moments où il aurait fait n’importe quoi pour s’inventer un autre génome.

 

mardi, 13 mars 2007

Meet ze Monsta

Je soupçonne les deux DJs de droite d'être en fait de dangereux militants gauchistes mais comme leur science non aléatoire du cut-up est généralement très drôle et qu'ils n'épargnent personne dans cette campagne, il n'est pas inconvenant d'aller jeter une oreille bienveillante sur les montages sonores de Polemix & La Voix Off.

Je vous invite pour ma part à cet inoubliable meeting de Marie-Ségolène Royal :

 

podcast

samedi, 10 mars 2007

La Campagne de France

C'est la ferme où ils sont nés, où ils ont grandi, guidés par l'amour rustre de leurs parents paysans.

Devant le vieux puits désaffecté, il me dit que l'eau était pure et fraîche.

Un vent glacé nous fouette le visage et le soleil fait nos yeux se plisser.

La rivière aussi était limpide. Quand, certains soirs, la question se posait de savoir ce qu'ils allaient manger, ils pouvaient franchir les quelques mètres qui les séparaient du cours d'eau et, une heure après, être de retour à la maison avec de la friture pour quatre. Et puis l'été, une colonie de vacances s'installait un peu plus haut : les enfants venaient passer l'après-midi au bord de l'eau, avec leurs moniteurs. Et surtout, leurs monitrices...

Je suis fait de cette terre.

Je peux entendre les rires enfantins et les cris de joie et les chants ; je peux sentir l'air sain, véhicule des senteurs mêlées de nature et de nourriture. Je vois mon père et son frère, le visage plein d'avenir et les yeux rieurs.

Ces regards que je scrute aujourd'hui sont sans doute les mêmes, un peu plus riches, un peu plus fatigués aussi, et ils me disent à leur manière que, quoi qu'il advienne et où que nous mène la vie, malgré l'ironie et le cynisme, en dépit de la bêtise et de l'insignifiance, il y a de belles choses.


mercredi, 07 mars 2007

Illusion de la fin

"SOS racisme - SOS baleines. Ambiguïté : dans un cas, c'est pour dénoncer le racisme, dans l'autre, c'est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas c'était aussi un appel subliminal à sauver le racisme, et donc l'enjeu de la lutte antiraciste, comme dernier vestige des passions politiques, et donc une espèce virtuellement condamnée ?

L'humanisme fait semblant de considérer le sauvage et les races primitives comme des êtres à part entière et même comme des êtres supérieurs (par l'authenticité). Mais les premiers humanistes, les vrais, ceux dont nous descendons tous, considéraient les Canaques comme des macaques, fondant la définition de l'humanisme sur une discrimination rigoureuse. Ce n'était pas une affaire de racisme, mais de discernement. Et les macaques le leur rendaient bien, se désignant eux-mêmes comme les seuls "hommes". La version actuelle, qui tend à recréer une convivialité de l'espèce sur une base à la fois biologique et sentimentale, est certainement la plus pauvre.

La démocratie, c'est la ménopause des sociétés occidentales, la Grande Ménopause du corps social. Et le fascisme est leur démon de midi.

Le socialisme engendre une décomposition de la position intellectuelle.

Tout l'art du politique est aujourd'hui de soulever l'indifférence du peuple.

Désapprendre ce qu'ils disent. Ou bien ils n'y croient pas eux-mêmes, ou bien le violent effort qu'ils font pour y croire est désobligeant.

Anathematic Illimited
Transfatal Express
Viral Incorporated
International Epidemics
Allergic Apotheotic Agency"
 
Jean Baudrillard, Cool Memories I et II

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