jeudi, 15 mars 2007

Being Arnaud (II)

La salle était vaste et grise. Sur la haute estrade, trônait un large meuble décati, en bois verni, sur lequel reposaient des piles de feuilles. Une manière de tribunal. Derrière, sur le mur recouvert d’une peinture jaune pâle qui s’écaillait, un antique tableau vert bouteille où la craie accrochait difficilement. Entré parmi les premiers, Arnaud s’était installé vers le fond, en bout de rangée, sur la droite, près des grandes fenêtres. D’abord uniquement occupé à se mettre à l’aise et à optimiser l’organisation de l’espace qu’il allait occuper durant les six prochaines heures, il se mit ensuite à examiner les candidats qui n’en finissaient pas de pénétrer dans cette retraite collective. Il prit peu à peu conscience et connaissance des individus qui l’entouraient, vaquant à leurs rituels ou échangeant déjà quelques mots creux, nerveux ou stupides. Ici et là, quelques visages lui disaient bien quelque chose, mais personne qu’il ne connût. Deux ou trois filles immédiatement repérées sortaient du lot par leur plastique, mais sur la centaine de candidates présentes – les hommes souhaitant exercer le beau métier de CETRAFE (Coach Expert-Trainer en Recherche Active de Formation et d’Emploi) se faisant plutôt rares – aucune ne fut identifiée par Arnaud comme ayant un potentiel sexuel remarquable. Sur ce bref constat d’impossibilité manifeste de la moindre saisine luxurieuse liée à la situation présente, le jeune homme, assis sur sa chaise inconfortable, se sentit à nouveau la proie d’une sorte de mélancolie : celle-ci l’envahissait lorsque le taraudait ce regret d’être blanc.

Les rabzas et les reunois étaient naturellement plus cools, même si lui avait réussi, à leur contact, à développer cette attitude déjà si éloignée de ce qu’il avait pu être dans un passé lointain : le falot petit blanc, modeste, réservé, et un peu trop poli. Il eut une pensée émue, empreinte d’affection mêlée de ressentiment, pour Saïd (a.k.a Dias Porama, ouèch’) qui fut le premier à lui tendre la main et à l’accepter tel qu’il était. Ils avaient pendant très longtemps été comme des frères, mais Dias avait soudain trahi. A cause d’une française, bien sûr, dont la famille avait eu sur Saïd une influence telle que celui-ci avait rompu avec le quartier et avait fini par disparaître littéralement.

Tout aurait été tellement mieux pour Arnaud, s’il n’avait été engendré par deux putains de blancs ! Quoi de plus ringard que d’attraper des coups de soleil ?! Il avait jusque là fait son possible pour atténuer cette tare, et il s’était plutôt bien débrouillé, mais il y avait de ces moments où il aurait fait n’importe quoi pour s’inventer un autre génome.

 

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