mercredi, 20 septembre 2006

Ignition

Il sembla s’apercevoir de ma fugitive panique : quand mon regard réussit à s’accrocher à nouveau à cette silhouette déjà familière, je décelai dans la physionomie générale de son visage la bienveillance de qui s’attendrit en guettant sa progéniture. Ses yeux étaient d’un noir profond, bien enfoncés dans leurs orbites. Une mise impeccable témoignait de cet archaïque souci de paraître par respect pour les autres.

Il me prit par le bras et m’entraîna d’un pas vif – je fus d’ailleurs surpris par cette vitalité – à l’écart des grappes des touristes de septembre. Longeant le port en admirant la citadelle, il se débarrassait des politesses d’usage (traversée, fatigue, paysages) tout en s’allumant un cigarillo. Il me proposa de boire un verre avant de prendre sa voiture pour nous rendre chez lui, à Sauzon.

La conversation fut, au début, assez pénible : lui, voulant manifestement remettre au plus tard la raison de ma présence à ses côtés, moi, fatigué par le voyage et mes capacités dialogiques réduites à leur plus simple expression. Après deux ou trois bouteilles de la bière locale pour moi et le même nombre de Martini blancs pour lui – ce qui fit un certain temps, tout de même – il daigna enfin évoquer mon père, comme si le sujet n’avait pu l’effleurer jusque là.

 

La pesanteur

La fatigue tisse dans ma colonne vertébrale des milliers de micro-réseaux de spasmes électriques. Je sais que je n’aurais pas dû perdre tout ce temps à Nantes, au retour. Mais ma déception, ou plutôt ma grande perplexité, m’y a mené sans que je puisse résister. Le voulais-je seulement ? Trois jours blancs, donc, extra-blancs, pour lesquels ma mémoire refuse de dérouler un film linéaire. Goût de bière et de tabac sur des muqueuses inconnues, musique binaire à décoller la plèvre, rires assourdissants et odeurs de pisse, contact glacial d’un carrelage souillé. Je voudrais ne pas avoir été, la honte serait un sort enviable, par comparaison : avoir ainsi jeté au néant trois précieuses journées me rend malade.

 

Les employés de la SMN s’activaient à terre et dans la cale, tandis que le bateau était arrimé. Depuis le pont supérieur, mon regard se fixa immédiatement sur cette silhouette haute et presque frêle. X m’attendait comme nous en avions convenu par téléphone. La traversée jusqu'à Belle-Ile et l'arrivée au Palais me font toujours cet effet, après toutes ces années : comme un film, ou plutôt une séquence de film, le passage d'un livre, d'un roman, dont on ne se lasse pas. Visions successives et relectures ne font qu'ajouter à la force avec laquelle l'œuvre nous happe tout entier, qu'aiguiser nos sens à la réception de ces formes signifiantes et sensibles.

Dans la file indienne de passagers, en descendant, je ressentis une frayeur aussi absurde qu’intense et brève : ayant perdu X de vue quelque instant, je me suis vu avoir phantasmé toute cette histoire.

  Mon fils se réveille de sa sieste. Il hurle.

samedi, 02 septembre 2006

Nexus

Je dois m’absenter. J’ai retrouvé la trace de l’ami de mon père. Quelques photos et griffonnages subtilisés chez ma mère hier soir m’ont permis de l’identifier. Un ami médecin, devant mon argumentaire et mes supplications, n’a pu faire autrement que me rédiger un arrêt de travail pour une semaine. Je lui revaudrai ça.

Ma femme ne comprend pas, nous nous disputons. Elle me dit que je deviens fou, que je me suis servi de cette histoire pour fuir quelque chose. J'essaye de lui répondre calmement, mais cela l'énerve encore plus. L'échange passe en mode "automatique". Je n'ai plus le temps, je dois préparer quelques affaires et puis régler quelques détails avant de partir.

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