samedi, 26 août 2006
Nightshift
La nuit dernière, j’ai fait un rêve étonnant. Le fait que je m’en souvienne l’est plus encore. Arrivé dans ma classe très à l’avance, le jour de la rentrée, je suis occupé à écrire une lettre – pour qui ? – à mon bureau. L’école est absolument silencieuse, excepté le tic-tac très lent d’une antique horloge située au fond de la classe. On frappe à la porte. A travers le verre dépoli, je distingue une longue silhouette sombre. Peur compacte. Je suis pétrifié. La porte est à nouveau heurtée, mais avec le pied, cette fois-ci, comme si on voulait la briser. Je me réfugie sous le bureau. Je peine à respirer, mon cœur va dérailler et je tente de crier quand la porte vole en éclats. Bien sûr, le cri viscéral meurt dans ma gorge, et seul un léger chuintement parvient à exprimer ma terreur. Je vois ses pieds, ses jambes, ses mains blanches, ses longs doigts, presque délicats s’ils n’étaient si osseux. Il s’approche lentement. Je pense mourir. Une voix rauque, un accent slave, une diction précieuse :
– Monsieur ? Monsieur ?!… Je ne vais pas vous violer, je suis un vieux machin répugnant, un squelette vivant, mais je vous trouve homme très désirable. Quelle peau vous avez, quelles jolies cuisses !
En chuchotant, maintenant, il continue : Je suis un descendant du roi Salomon et de la reine de Saba ; mais à côté de vous, je suis une merde…
Comme il dit cela, il se penche pour me débusquer. Je vois son visage. Il s’agit de Daniel Emilfork, le comédien. Dans mon rêve, j’ai la sensation de connaître cet homme sépulcral mais je ne l’identifie pas.
La suite est un peu confuse et nous nous trouvons sur une plage à enjamber des touristes allongés sur le ventre et qui paraissent tous dormir. La plage est sans fin, j’ai l’impression de faire du sur-place. Je me retrouve seul et il fait nuit. Lumière lunaire.
Je sais que le rêve continue, mais il échappe aux filets de ma mémoire. Lorsqu’il se termine, je me réveille et regarde l’heure machinalement : 4h28. Je me blottis alors contre le corps de M. et le contact de ses fesses chaudes, rondes et fermes contre mon sexe ont tôt fait de le dresser, tendu à bloc, autonome mais implorant que je m’active. Je pénètre M. très lentement, elle pousse un petit gémissement et se cambre. Je viens très vite et nous nous rendormons enlacés.
Nous n’avions pas baisé depuis trois semaines.
Je remercie Emilfork pour son apparition onirique. S’il me lit et qu’il sait ce qu’il faisait dans mon rêve, je lui saurai gré de bien vouloir m’édifier.
Passé ma journée à jouer avec les enfants et à lire (La moustache, d’Emmanuel Carrère et la biographie de Lovecraft, par Houellebecq).
21:45 Publié dans Journal 1 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journal intime


Commentaires
Bien écrit, sensuel, voilà un blog qui s'annonce prometteur ! Et puis, c'est vrai que des fois on a des rêves bien étranges. Je plains ceux qui disent de jamais rêver ! On vit parfois des expériences qu'il est difficile de narrer ensuite tellement cela n'a ni queue ni tête.
Ecrit par : tinou | dimanche, 27 août 2006
Je ne partage pas les mêmes sensibilités -même anciennes (boujenah???) que ce monsieur emilfork. En ce sens, pour vous, je comprends que cela ait tourné au cauchemar.
D'autre part, vous voudrez bien me pardonner, mais les ombilics déclarés (vous n'allez tout de même pas nous faire une ombilic pride n'est-ce-pas?), c'est un peu la chienlit du blog. Par pitié, collez à Lovecraft, sans passer par houellebecq (sauf le respect que je lui dois-l'épilogue de "la possibilité d'une île étant l'un des plus beaux textes post-moderne qu'il m'ait été donné de lire).
Quant au commentaire de "tinou", je retiens la dernière phrase: "On vit parfois des expériences qu'il est difficile de narrer ensuite tellement cela n'a ni queue ni tête"... c'est un peu court... C'est justement le but suprême de "narrer" cette difficulté qu'il faut atteindre pour pouvoir se réapproprier ce qui nous échappe.
Cthulhu f'taghn
www.retourdureel.hautetfort.com
Ecrit par : rere | dimanche, 27 août 2006
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