vendredi, 25 août 2006
Procrastination
Aujourd’hui, visite à nos amis F. et A., dans l’Indre. Long trajet en voiture, je suis tendu, fatigué par une nuit trop courte et le flot ininterrompu des « Pourquoi ?!… » de mon fils de trois ans vient à bout de ma patience et me fait littéralement exploser. Résultat : silence de mort dans l’habitacle jusqu’à ce que nous arrivions à destination.
Peu avant le terminus, mirant mes enfants dans le rétroviseur, je croise le regard de ma fille : une expression que je ne lui avais jamais vue, à la fois très calme et d’une intensité – j’allais dire cinématographique. L’humanité entière semblait me scruter à travers ses yeux bleus d’habitude si innocents.
F. et A. nous accueillent très chaleureusement dans leur immense pavillon neuf. Je ne peux évidemment pas leur dire que je trouve leur demeure vulgaire, hideuse, d’une tristesse moderne affligeante, le comble du luxe petit-bourgeois. Je m’extasie donc devant cette bâtisse fonctionnelle, spacieuse, lisse, aseptisée. Les haies de ce quartier résidentiel n’ayant pas encore eu le temps de pousser, on s’aperçoit que toutes les maisons sont quasi identiques. Drôle d’impression.
J’ai connu F. au collège. Je me souviens qu’il arrivait de Grenoble et qu’il venait de s’installer dans mon village, près de Blois, quand nous entrions en sixième. Notre complicité fut immédiate, une aversion commune pour le foot scellant d’emblée une amitié qui ne cesserait de s’enrichir de chaque instant passé ensemble. Et ils furent nombreux.
Mais nous ne sommes plus ces enfants, à présent. Si je prends acte de cela assez froidement, je suis très ému par les souvenirs qui nous unissent à jamais. Et puis… nous étions trois, nous ne sommes plus que deux. Les souvenirs sont d’autant plus lourds à remuer, mais je sais que j’ai besoin de cette pesanteur.
Journée globalement agréable, donc, me permettant de ne pas préparer ma classe (plus qu’une semaine, je ne serai pas prêt, tant pis), de ne pas désherber notre jardin qui en aurait pourtant grand besoin, et last but not least, d’oublier ce fichu coup de fil reçu hier et qui, ce soir, me taraude à nouveau.
F. fut élevé par son père, sa mère ayant trouvé la mort dans un accident de la route quand il avait sept ans. Je me souviens avec émotion encore comme il parlait de maman. A l’époque, il me semblait connaître cette femme – que je n’avais jamais vue et que je ne verrai qu’en photo, un jour d’orage où nous jouions dans son grenier – mieux que n’importe lequel des adultes que je connaissais alors.
F. possède toujours cette puissance oratoire incomparable qui, pour moi, l’avait toujours placé du côté de l’élite, mais le fait qu’il l’ait mise au service du marketing l’a rendue bien fade, à mes yeux, désincarnée. Son intelligence, façonnée par une ironie et une légèreté affectées et systématiques est devenue l’ombre de ce qu’elle aurait pu être.
Quoi qu’il en soit, il me reste, ce soir, à me draper avec complaisance dans la douce mélancolie provoquée par le ressassement de tous nos souvenirs. Nous avons bien sûr beaucoup parlé de Charles.
21:30 Publié dans Journal 1 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime


Commentaires
Ohlalala! super ce blog! continuez surtout!!
Ecrit par : serge | samedi, 26 août 2006
entièrement d'accord avec Serge! Il ne faut pas que ça cesse si rapidement. Vite, la suite!!!!
Ecrit par : aurélie | samedi, 26 août 2006
sont ils en train de s'apercevoir qu'ils sont face à une oeuvre littéraire?
est ce que quelqu'un s'en rend compte???
Ecrit par : julie | samedi, 26 août 2006
Que c'est beau ce que tu écris...la façon dont tu écris...
Ecrit par : CherryOnTheCake | samedi, 02 septembre 2006
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